La rencontre avec l'invisible: Le Fâ

 

855e1d88

 

Première étape : La rencontre avec l'arbre

La destinée spirituelle de l’humanité, que lui cache le Ciel, chaque communauté humaine cherche à la connaître par les moyens qui sont à sa portée. Elle ne l’appréhende pas d’emblée mais s’en approche à chaque génération. Chez les peuples noirs, c’est le Fa qui permet de trouver des explications au phénomène de la vie. Dans cet oratoire sacré, sont recueillis les enseignements mystiques dispensés au cours de quarante et une cérémonies traditionnelles célébrées par des utilisateurs chevronnés de cet art divinatoire. Ils sont de tout espace et de tout le temps, ces prêtres assermentés du Fa appartenant à diverses obédiences initiatiques et philosophiques, qui se déguisent en compagnon, en proche parent, en portier, en guide, en maître ou en instructeur pour conduire le néophyte à sa prestigieuse destinée de célébrant, ou Babalawo, dans un monde en mutation. C’est l’occasion pour eux de promener une lumière neuve sur les auberges obscures du Ciel et de l’humanité.

Ici, une apologie extatique dite en partie par un prêtre, parent et conseiller de l’impétrant, actualise la nécessité de la démarche initiatique. Ses propos suggèrent qu’il n’y a pas de thèse possible devant le mystère d’une destinée ; celle de la peau noire est particulière et réserve des surprises aux théoriciens de l’Absolu. Le futur prêtre prend contact avec une famille spirituelle qui lui énonce son identité, son histoire et son avenir ouvert sur l’affirmation de sa condition humaine. Il se découvre sans indulgence, une personnalité au sein d’un corps en marche pour se construire une destinée loin des yeux profanes.

Deuxième étape : Le seuil

Le Portier vérifie les paniers d’offrandes du candidat. Les yeux bandés, le néophyte, accompagné de lui et de nombreux d’autres initiés, demande aux portes du Mystère de s’ouvrir. Un dialogue mi- clair mi- obscur s’entame entre l’extérieur et l’intérieur de la forêt sacrée. Une étincelle jaillit. Les yeux de l’esprit s’ouvrent. Le futur prêtre voit plus clairement le mystère qu’il avait pu auparavant entrevoir dans le cadre du rite d’admission au rang des adultes de sa communauté, le Fatitè.

Le Portier, comprenant son silence et sa vocation, l’encourage dans ses réflexions et lui prodigue des conseils inspirés des signes et des symboles du Fa.

Muni de ce viatique, le nouveau venu sort de la banalité humaine. Il franchit l’étape charnière qui lui permet de choisir entre le vulgaire et l’original. C’est à ce stade qu’il devient capable de faire le départ entre le visible et l’invisible, entre l’ombre des choses et la lumière spirituelle, entre le profane et lui-même, et cette démarche exige un certain courage. La conscience intime de cette singularité, plus que la simple maîtrise de soi, assoit un tribunal de raison dans la pensée du futur prêtre. Il s’approche d’une porte qui soudain le livre à son sort.